Anna, un jour

Anna a la quarantaine, trois enfants, un mari, un emploi et des soucis financiers. Elle passe son temps à courir, entre le travail, la maison et les enfants. Elle essaye de joindre son mari. Il faut absolument qu’elle lui parle. Elle est en train de le perdre, elle le sent. Mais elle est happée par le rythme frénétique de sa journée. Le quotidien, la monotonie se heurte à la fragilité, à ce que l’on ne peut pas recommencer.

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La vie d’Anna, c’est comme une bombe à retardement, une pétaudière prête à exploser, toujours sur le fil du rasoir, trépidante. Pourtant c’est une vie comme tant d’autres. Et c’est là l’étonnant pari réussi et sans concession de ce film venu de Hongrie : nous tenir en haleine, nous laisser suspendus, pris aux pièges tendus par la vie d’une simple mère de famille. On va vite constater que le lot quotidien d’une ménagère de quarante ans n’a rien à envier aux thrillers les plus tendus, et que son temps de cerveau disponible n’est pas acquis aux inepties télévisuelles.
Cette journée-là débute comme toutes les autres dans la vie d’Anna. Guetter le réveil du grand, habiller la moyenne, moucher le petit dernier qui, zut, a de la fièvre ! Veiller à ce qu’aucun n’oublie ses affaires pour l’école, l’escrime, la crèche… Mais où est donc passé le violoncelle ? Pas de droit à l’erreur. Il ne faut rien omettre, respecter chaque horaire, ne louper aucun rendez-vous, les avoir en tête, trouver du relais si deux activités se chevauchent… Et surtout rester zen, présentable et continuer à sentir bon sous les aisselles. La semaine d’Anna est aussi palpitante et remplie que celle d'une ministre, sans qu’elle ait droit à une secrétaire particulière. Que reste-t-il à faire ? Préparer les goûters, tout comme elle a préparé les petits déjeuners en se réveillant et qu'elle préparera le repas en rentrant du boulot. Car bien sûr Anna travaille, sinon, ce serait trop (?) facile ! Allez, c’est l’heure d’y aller… Pas le temps de ranger le linge non plié qu’on recouvre pudiquement d'un cache-misère. Un petit shoot dans la panière à jouets pour la camoufler sous la table basse, sans oublier en partant de vider le seau sous l’évier qui fuit ! Puis courir en tous sens, s’armer de patience, ne pas céder à la tentation d’élever le ton alors que les petits rechignent, radotent, restent à la traîne, boudent, pleurnichent… Faites des gosses qu’ils disaient ! Ils sont mignons, oui, quand ils dorment ! Qu’a t-elle oublié ? Faire un bisou à son gentil mari… Un geste tendre ? Mais cette vie usante n’est-elle pas un tue l’amour ? Les seules humeurs de sources vives dans le quotidien d’Anna semblent être la morve aux nez, les genoux qui saignent : autant dire que la notion de sex-appeal en a pris un coup dans l’aile… Est-ce cela qui a créé cette distance entre elle et Szabolcs ? La mère de ce dernier le sent, essaie de leur offrir une parenthèse en leur proposant de garder les enfants le temps d'un week-end en amoureux. Elle est extra cette belle-mère, serviable, on l’adopterait instantanément ! Mais de tout cela, Szabolcs ne se doute même pas. Engoncé dans un schéma classique, même s’il contribue de son mieux à œuvrer pour le foyer, on voit bien qu’il est à côté de la plaque et qu’il n’a pas conscience du planning de malade qu’encaisse Anna. Quoi de plus commun ?
Alors qu’Anna redoute que son couple soit en train de s’effondrer malgré ses efforts pour être une mère et épouse parfaite, cette journée qui semblait être des plus banales va connaître une véritable montée dramatique. La tension est à son comble quand une de ses bonnes amies se prend pour Diane chasseresse et s’apprête à partir à l’assaut de Szabolcs, qui n’a nul château fort pour se protéger… Voilà Anna aux prises avec ses sentiments, la peur de l’abandon, la peur de la solitude, qu’elle essaie de contenir et de gérer entre deux rendez-vous, un passage à l’épicerie… Et Szabolcs qui lui annonce tranquillement son intention d'aller prendre un pot avec la dite amie… L’envie de hurler… L’impossibilité de le faire, d’abandonner les gosses… Prise au piège d’une journée interminable où il faut conserver un semblant de sourire…