Peur de rien TP

Les années 90. Lina, 18 ans, débarque à Paris pour étudier. Elle vient chercher ce qu'elle n'a jamais trouvé au Liban, son pays d'origine : une certaine forme de liberté. L'instinct de survie comme seul bagage, elle vogue d'un Paris à l'autre au rythme de ses rencontres amoureuses et prend conscience de sa place…Parce qu'à 18 ans, on rêve d'embrasser le monde et pas qu'un seul garçon...
Peur de rien

Vos commentaires et critiques :

Il y a des rencontres qui changent tout. Des gens qui font bouger les lignes. Ceux qu'on admire et dont on emboîte le pas. Ceux qui vous détestent et vous mettent des bâtons dans les roues. Mais quand on est vorace, qu'on a soif de vivre, on prend tout pêle-mêle et on avale les obstacles, on se muscle dans l'adversité, on en fait une force. Quand Lina débarque à Paris dans les années 1990, c'est pour croquer la vie à pleines dents. Et tous ceux qui la croient malléable, sous ses airs retenus de jeune fille docile de dix-huit ans, vont en faire les frais. Être née dans un pays perpétuellement en guerre, ça forge un caractère. Ce qu'elle a laissé derrière elle, plus qu'un Liban aux abois, c'est un carcan vers lequel elle ne veut surtout pas retourner et dans lequel elle a puisé une volonté de survivre contre laquelle on ne peut rien. 
Tout cela, l'oncle éloigné qui l'accueille en banlieue parisienne ne le voit pas. Et quand il se comporte en prédateur avec sa belle nièce brune, il ne s'attend certes pas à ce que la situation lui échappe à ce point. Cela fait belle lurette que ce petit chaperon rouge n'a peur de rien et certainement pas du grand méchant loup. Nina prend son paquetage et fuit comme elle peut, à l'aveuglette. La voilà perdue dans une capitale qui lui est inconnue, dans un pays dont elle ne connait pas les codes. C'est loin d'être glorieux, ni rassurant, mais dans le fond, à ce premier homme, elle devra beaucoup. Là où elle aurait été contrainte de suivre une voie toute tracée par sa famille, la voilà livrée à elle-même, allant où la mènent ses pas, ses intuitions, se construisant au fil des aventures. Voyage initiatique stimulant, excitant, non dénué d'humour, où elle va apprendre non seulement qui sont tous ces Français, mais surtout qui elle est. 
Au départ pourtant, la perspective n'est pas réjouissante. Où dormir sinon dans un foyer pour femmes paumées ? Comment s'alimenter, trouver du travail, quand on est une étrangère sans papiers ? Mais tous ces parcours de combattante vont s'émailler de hasards qui vont la bousculer, faire bifurquer ses pas… Un jour c'est une prof passionnante et atypique qui parle de choses qu'elle n'a jamais entendues (Dominique Blanc, précieuse qui n'a pas peur du ridicule)… Un autre jour c'est un certain Jean-Marc, bourré de charme et de pognon, qui la traite comme une princesse… Un autre encore, elle fraiera avec une bande de royalistes pas piqués des vers ! Puis comme elle ne s'encombre d'aucun préconçu, elle deviendra copine avec un étudiant communiste… Parcours chaotique et cocasse, mais qui ressemble à celui de tant de jeunes filles qui se cherchent et ne s'embarrassent pas de préjugés tant elles ont tout à découvrir. En fait, plus que l'instinct grégaire, l'amour ou tout autre sentiment, c'est la curiosité insatiable de Nina qui la dirige et la rend pétillante.
« Ce n'est pas un film autobiographique », dit la réalisatrice… mais il résonne trop juste pour n'avoir pas été en partie vécu. La rage de vivre jouissive de Lina est, on le devine, la même que celle de Danielle Arbid à son arrivée en France, et l'actrice principale lui ressemble, physiquement comme dans son désir d'émancipation. Décidément ces jolies pérégrinations initiatiques revigorent mieux qu'un voyage organisé en pays benoîtement exotique !