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Gabriel et la montagne

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Titre original : Gabriel e a montanha
Fiche mise à jour le 17/08/2017
Année de production : 2016
Réalisé par : Fellipe Barbosa
Date de sortie : 30 août 2017
Date de reprise : non renseignée
Distributeur France : Version Originale / Condor 
Distributeur international : Films Boutique 
Durée : 131 minutes
Origine(s) : Brésil France 
Genre(s) : Comédie dramatique 
Pellicule : couleur
Format de projection : Scope
Format son : 5.1
Visa d'exploitation : 145461
Budget : non renseigné
Site officiel : non renseigné
Indice Bdfci :
76%
Synopsis :
Avant d'intégrer une prestigieuse université américaine, Gabriel Buchmann décide de partir un an faire le tour du monde. Après dix mois de voyage et d'immersion au cœur de nombreux pays, son idéalisme en bandoulière, il rejoint le Kenya, bien décidé à découvrir le continent africain. Jusqu'à gravir le Mont Mulanje au Malawi, sa dernière destination.

Vos commentaires et critiques :

Gabriel_et_la_montagne

SEMAINE DE LA CRITIQUE 2017 

La montagne sacrée

Après Casa grande, chronique personnelle du délitement d’une famille, Fellipe Gamarano Barbosa s’est inspiré pour son nouveau film d’un fait réel, la mort mystérieuse en 2009, sur une montagne du Malawi, de Gabriel Buchmann, jeune économiste qui avait choisi de faire le tour du monde par soif d’idéal. "Gabriel était un vieil ami. Nous avons fait une partie de notre scolarité ensemble", rappelle le réalisateur. "Lorsque j’ai appris sa disparition, j’ai eu très rapidement envie de faire un film à partir de son histoire. La découverte de son corps, avec tout son matériel à ses côtés, a constitué le point de départ de mes recherches. Il nous avait quittés en laissant beaucoup de questions sans réponse. J’ai tenté de les trouver dans ce film." Gabriel e a montanha relate l’histoire de Gabriel Buchmann, racontée du point de vue de celles et ceux qui l’ont rencontré, lui ont offert leur aide en lui procurant nourriture et gîte et ont, en fin de compte, retrouvé son corps. Il sera financé au départ par des fonds brésiliens, avant qu’un accord de coproduction ne soit conclu avec la France (Damned Films). Le soutien d’Arte et du CNC interviendra par la suite. Le tournage sera un défi logistique constant, amenant l’équipe à parcourir 6000 kilomètres au Kenya, en Tanzanie, en Zambie et enfin au Malawi pour finir sur le Mont Mulange. "Arriver à l’endroit où le corps de Gabriel avait été retrouvé ne fut pas un moment facile. En outre, nous étions tous épuisés après 70 jours de route. La dernière journée, il nous a fallu marcher pendant quatre heures pour tourner la scène d’ouverture et de clôture du film, puis revenir. Ce qui fait que nous avons pu seulement consacrer entre deux et trois heures aux prises de vues. Mais ce jour-là, nous avons ramené environ dix minutes, qui se trouvent dans le film.

C'est une superbe lettre d'amitié filmée que le réalisateur brésilien Fellipe Barbosa a envoyé par-delà le monde des vivants et des morts à son ami disparu Gabriel Buchmann. La disparition du jeune homme nous est révélée dès la première séquence, sublime. Sur les contreforts splendides d'une montagne du Malawi, dans des gestes infiniment répétés depuis probablement des millénaires, deux paysans fauchent en descendant la pente. Jusqu'à la découverte inopinée du corps d'un touriste blanc. Gabriel Buchmann était un jeune compagnon de lycée de Fellipe Barbosa. Un garçon issu comme lui de la bourgeoisie de Rio, dans un pays marqué par les inégalités. A l'issue de brillantes études d'économie, alors que la plupart des autres étudiants concouraient pour les meilleures universités mondiales, Gabriel avait décidé de prendre une année sabbatique pour voyager et se confronter en Afrique de l'Est à la misère qui est le produit de cette économie libérale mondialisée dont on lui avait enseigné les rouages. Mais alors que d'autres, y compris sa petite amie, choisissaient de lutter contre le discours libéral sur place et de manière le plus souvent théorique, lui avait préféré entreprendre un tour du monde en finissant par l'Afrique, prenant la route du Kenya, puis descendant plus au Sud vers la Tanzanie et le Malawi. À l'écart évidemment des circuits touristiques, il choisissait de trouver chaque nuit refuge chez les habitants, même les plus modestes, souvent éberlués par ce blanc riche qui acceptait de dormir à même la terre battue au milieu de la case familiale. 
Ce qui fait la force inouïe du film, c'est le procédé cinématographique par lequel Fellipe Barbosa évoque son ami, retrace son voyage libre et sans entraves à la rencontre du monde et de l'autre, cet humain si proche et si différent. Barbosa aurait pu réaliser un documentaire à partir des nombreuses photos prises par Gabriel Buchmann et y associer quelques interviews. Il a au contraire préféré la fiction, mais en l'ancrant profondément dans la réalité : en dehors des personnages de Gabriel et de sa fiancée incarnés par deux acteurs professionnels, tous les autres protagonistes, notamment africains, sont interprétés par celles et ceux qui ont réellement rencontré Gabriel lors de son périple, la fiction étant entrecoupée de témoignages face caméra. Ce qui donne une authenticité saisissante et bouleversante à ce film qui a nécessité un travail d'enquête un peu fou, Fellipe Barbosa retrouvant même par hasard, à Zanzibar, un mendiant qui avait guidé Gabriel.
Remarquablement construit, magnifiquement filmé, Gabriel et la montagne est une splendide preuve que l'humanité et l'amitié peuvent transcender les barrages culturels, économiques et sociaux pour peu qu'on veuille bien ouvrir son cœur, mais le film ne tombe jamais dans l'angélisme. Dans son premier long métrage, le beau Casa grande(montré à Utopia en 2015, on va essayer de l'avoir en Vidéo en Poche), Fellipe Barbosa décrivait avec acuité les antagonismes sociaux au Brésil et la montée en puissance des classes moyennes supérieures enfermées dans leurs ghettos sécurisés. Dans ce 
Remarquablement construit, magnifiquement filmé, Gabriel et la montagne encore plus beau, il montre bien, n'épargnant pas Gabriel et sa naïveté agaçante, les limites d'un tourisme qui se veut humanitaire mais ne peut s'affranchir des fractures que les classes dominantes occidentales ont créées.


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