Folles de joie -12

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Béatrice est une mythomane bavarde au comportement excessif. Donatella est une jeune femme tatouée, fragile et introvertie. Ces deux patientes de la Villa Biondi, une institution thérapeutique pour femmes sujettes à des troubles mentaux, se lient d’amitié. Une après-midi, elles décident de s’enfuir bien décidées à trouver un peu de bonheur dans cet asile de fous à ciel ouvert qu’est le monde des gens « sains».

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QUINZAINE DES RÉALISATEURS 2016

Ces chères amies

Déjà très connu en Italie, Paolo Virzì réalise avec Folles de joie un film aux multiples facettes. “Folie, désir de liberté et de griserie, joie et douleur, je voulais utiliser toute cette palette pour montrer la sujétion et la souffrance des personnes vulnérables”, résume le cinéaste. Le développement de Folles de joie a été relativement rapide. “Dès que j’ai pitché l’histoire, elle a emballé mes producteurs Lotus et Leone Film qui m’ont aussitôt soutenu, rejoints par Rai Cinema.” Paolo Virzì amène une douzaine de pages à son amie, la scénariste Francesca Archibugi. “Avant de nous plonger dans l’écriture, nous sommes allés rencontrer des psychiatres et des psychothérapeutes en leur demandant de nous guider pour un voyage dans le monde des structures hospitalières spécialisées publiques et privées.” Pour interpréter le duo féminin central du film, Paolo Virzì pense immédiatement à Valeria Bruni Tedeschi et Micaela Ramazzotti. “Je les connais très bien. J’ai déjà travaillé avec elles, je les adore et j’ai aussi épousé une des deux. Je n’ai jamais eu d’autres actrices en tête, elles ont été littéralement une source d’inspiration pour ce film. Pas parce qu’elles sont folles, bien qu’elles le soient un petit peu quand même, mais surtout parce qu’elles sont très différentes tout en étant des comédiennes pas du tout conventionnelles. Les filmer est tout simplement fascinant. Je crois que la combinaison de leurs deux talents produit une alchimie irrésistible.” Le film a été tourné en huit semaines en Toscane, intégrant aux côtés des comédiens professionnels des patients d’un hôpital de jour qui “nous ont inspirés et peut-être aussi un peu aidés à guérir”

Le duo infernal

Pour une fois les traducteurs de titres ont eu le verbe heureux. Folles de joie, elles le sont définitivement, les deux héroïnes de ce film qui navigue entre rires et larmes avec un égal bonheur. Et la joie qu'elles n'auront de cesse de rechercher empruntera des chemins nécessitant une bonne dose de douce dinguerie, quand ce ne sera pas tout simplement de l'inconscience.
Béatrice est une mythomane bavarde au comportement excessif, aujourd'hui on dit bipolaire. Donatella est une jeune femme fragile et introvertie, au corps meurtri et tatoué. On comprendra plus tard d'où lui viennent l'atèle qu'elle porte sur la jambe et les marques sur son visage renfrogné. La rencontre de ces deux caractères va se faire sur un quiproquo mais on sent immédiatement que le courant est passé et qu'une forme de tendresse réciproque vient de voir le jour. Ces deux patientes de la Villa Biondi, une institution thérapeutique pour femmes sujettes à des troubles mentaux, se lient donc d'amitié. Une après-midi, elles décident – enfin, surtout Béatrice – de s'enfuir, bien décidées à trouver un peu de bonheur dans cet asile de fous à ciel ouvert qu'est le monde des gens « sains ».
Il fallait un certain culot pour embrasser un tel thème sans avoir peur de faire rire. Mais attention, pas un rire moqueur ou pire encore cynique. Bien au contraire, Paolo Virzi nous offre l'occasion d'un rire salvateur et sincère. Un rire qui vient comme une libération, comme un sort jeté à la tête du malheur qui guette nos deux folles et qui a déjà une bonne longueur d'avance. Le réalisateur signe une œuvre tendre, sans pathos ni caricature, qui aborde avec autant d'intelligence que d'humour le sujet sensible de l'internement et de la normalité. Mais surtout il dresse un portrait amoureux de ces héroïnes ordinaires, de ces femmes qui se battent, se débattent, pour vivre et gagner leur part de joie et de bonheur.
Et on peut parier que l'aventure n'aurait pas été aussi heureuse sans l'immense talent de ses deux interprètes. 
Sans du tout minimiser la performance de Micaella Ramazzotti, Valéria Bruni-Tedeschi, déjà présente dans le précédent film du réalisateur, Les Opportunistes – et qu'on peut voir aussi dans le détonnant Ma Loute de Bruno Dumont –, livre sans doute une de ses plus belles performances. Elle porte le film, littéralement, y insuffle une force, un rythme et une énergie qui entraînent tout et tous sur son passage. Elle est enthousiaste aussi bien que désespérée mais jamais vaincue ni à court d'une de ses idées génialement dévastatrices. Et la comédienne démontre ici toute l'étendue de son talent comique. 
Les deux actrices construisent un duo que l'on a l'habitude de voir formé par des hommes : l'auguste et le clown blanc. Deux amochées de la vie, issues de milieux sociaux diamétralement opposés, trahies par les hommes et partageant un savoir quasi encyclopédique en matière de pharmacopée. Une sorte de Thelma et Louise de la psychiatrie, une échappée belle, qui on l'espère vous rendra fous de joie à votre tour.