Les Graines que l'on sème

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Accusée d’avoir tagué “Macron démission” sur un mur de son lycée, Chiara n’est pas sortie vivante de sa garde à vue. Bouleversés, ses camarades de classe décident alors de prendre la parole.

Film réalisé à l’invitation de la Ville d’Ivry-sur-Seine dans le cadre d’un projet pédagogique initié par le cinéma municipal Le Luxy et mené en partenariat avec le Lycée Romain Rolland auprès des élèves de 1ère L option cinéma

Vos commentaires et critiques :

 

Nathan Nicholovitch aime confronter ses ambitions de fiction aux contraintes d’une réalité qui ne s’y livre pas aisément. Après les faubourgs de Phnom Penh hantés par le génocide des Khmers rouges (Avant l’aurore, 2015), c’est dans un lycée de banlieue parisienne plongé dans la lutte contre Parcoursup et les réformes du ministre Blanquer qu’il plante son cinéma. Invité à mener un atelier cinéma dans une classe de 1ère, il saisit l’occasion du conflit qui mobilise une partie des élèves pour faire de l’invention fictionnelle un moteur d’intensification du présent et de révélation de la vérité, affective et politique, de la situation. La méthode est simple : pousser la réalité un peu plus loin, en inventant le personnage fictif d’une lycéenne qui n’a pas seulement, comme ses camarades réels, passé plusieurs heures en garde à vue pour un tag anti-macron, mais qui y a laissé sa vie. Les Graines que l’on sème est un film de deuil et de colère, dans lequel la colère d’une génération trouve sa gravité tragique dans la tonalité du deuil, tenue tout au long du récit, dans le travail de la douleur. Chiara est morte et elle n’a ni visage, ni voix : elle n’est qu’un prénom, un regard porté sur son monde, filmé avec avidité, et une absence. Le film enroule autour de ce vide la spirale des voix et des visages des vivants, de leur parole qui dit et pleure l’absente. Le souffle de la tragédie la plus ancienne passe sur ces visages, soulève ces discours. Ce sont pourtant les questions les plus urgentes qui animent le cinéaste. Par exemple : à quoi sert l’école, et qu’est-ce qu’un lycéen ? Quand une professeure de français, prenant la parole à son tour, s’adresse aux camarades de Chiara, c’est pour l’associer à d’autres morts, qu’elle s’emploie à faire parler : La Fontaine, Hugo, Char, Kant. Parler aux morts, écouter leur parole, c’est arracher la question de l’héritage et de sa transmission au discours identitaire pour la rendre à la tradition des luttes, lui restituer sa puissance révolutionnaire. Beau et brûlant programme pour une fiction française.