L'Homme qui tua Don Quichotte TP

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Toby, un jeune réalisateur de pub cynique et désabusé, se retrouve pris au piège des folles illusions d’un vieux cordonnier espagnol convaincu d’être Don Quichotte. Embarqué dans une folle aventure de plus en plus surréaliste, Toby se retrouve confronté aux conséquences tragiques d’un film qu’il a réalisé au temps de sa jeunesse idéaliste : ce film d’étudiant adapté de Cervantès a changé pour toujours les rêves et les espoirs de tout un petit village espagnol. Toby saura t-il racheter et retrouver un peu d’humanité? Don Quichotte survivra t-il à sa folie? Ou l’amour triomphera t-il de tout?

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CANNES 2018: FILM DE CLÔTURE

La traversée  de la Mancha à la rame

La genèse de L’homme qui tua Don Quichotte est un véritable film dont le chapitre initial a d’ailleurs été immortalisé par Keith Fulton  et Louis Pepe dans leur documentaire Lost in La Mancha (2002). Il a donc fallu 18 ans au réalisateur Terry Gilliam, 77 ans, pour aller au bout de son rêve le plus fou et pouvoir montrer son 14e long métrage en clôture du Festival de Cannes, où il a déjà présenté par le passé Monty Python, le sens de la vie (1983), qui a valu le grand prix du jury à son coréalisateur Terry Jones, Las Vegas parano (1998) et L’imaginarium du docteur Parnassus (2009). Le scénario de son nouveau film, écrit par son complice Tony Grisoni, intègre aujourd’hui une réflexion sur le sort de l’artiste confronté au pouvoir de l’argent, à travers une vertigineuse mise en abyme dont le cœur reste le fameux combat de Don Quichotte contre les moulins à vent, avec toute la symbolique que cela suppose de la part d’un metteur en scène réputé pour sa folie visionnaire et son amour du baroque. Les spectateurs de la soirée de clôture découvriront donc un film miraculé sur lequel s’est acharné le producteur Paulo Branco, au point d’assigner successivement en justice les producteurs, le distributeur, le Festival de Cannes et le CNC dans une opération de victimisation massive qui résonne comme un chant du cygne. Océan Films sortira simultanément le film samedi 19 mai… Si tout va bien.

« Certains disent que je suis fou, que je suis seulement habité par mes illusions. Mon nom est Don Quichotte, je ne peux pas mourir. »

Tout le monde connaît l’odyssée compliquée qu’a été la gestation de ce film : comme son auteur, Terry Gilliam, nous le rappelle en début de film, nous pouvons enfin découvrir, après plus de deux décennies à attendre, L'Homme qui tua Don Quichotte, sa relecture du roman espagnol le plus connu de tous les temps, né de la plume et de l'esprit de Miguel de Cervantes Saavedra.
Il faudrait demander à Gilliam lui-même s’il a intégré les amertumes personnelles engendrées par l’élaboration sans fin de L'homme qui tua... dans sa version finale, dévoilée en clôture du 71e Festival de Cannes, car de sa trame, qui suit justement un tournage de film (justement une adaptation du Don Quichotte) se dégage beaucoup de nostalgie, et elle ne ménage pas non plus les producteurs (les Russes et les Chinois sont ici légions), tout en nous offrant des revirements situation impensables et en incluant certains éléments biographiques. Le héros, incarné par l'acteur californien Adam Driver, est tout simplement ce réalisateur qui va voir toute une série d'éléments, réels ou imaginaires, contrôlables ou pas, faire obstacle à la matérialisation de son projet.
Le reste du film, scénarisé par Gilliam et Tony Grisoni (qui ont déjà collaboré sur Tideland) suit la péripétie qui ramène ce réalisateur à sa première intention en entreprenant de faire ce film, des années avant : ses pas vont le conduire à rencontrer cet homme qui, comme Albert Serra dans Honor de caballería, a recruté ses comédiens parmi les gens du peuple pour incarner avec un vrai réalisme l'hidalgo (ici interprété par le Gallois Jonathan Pryce, l'acteur de l’inoubliable Brazil, qui avait aussi quelque chose de donquichottesque). À partir de là, il entre dans une spirale délirante tout à fait gilliamienne où la réalité se confond avec la fiction, la folie avec l’intelligence et la frénésie avec le sens de la blague.
Le film est irrégulier, mais il a des moments fascinants, endiablés et tellement imaginatifs, comme tout le cinéma du réalisateur de L'Imaginarium du Docteur Parnassus. L’Homme qui tua Don Quichotte, un titre qui contient un spoiler aussi énorme qu’un moulin à vent, va enchanter les fans du réalisateur américain et ennuyer voire irriter les spectateurs plus dubitatifs par ses excès grand-guignolesques, mais Quoi qu’il en soit le film démontre qu'à 77 ans, Gilliam, a l'espièglerie en pleine santé et continue de construire des univers uniques, amusants, grotesques et inimitables.
À la fin, le film, tourné dans les décors majestueux, historiques ou naturels, de la péninsule Ibérique et des Îles Canaries, en plus d’être dédié aux deux acteurs qui ont précédemment tenté d'incarner pour lui Don Quichotte (John Hurt et Jean Rochefort), s'érige en ode à l’inconscience nécessaire pour vivre, créer, et surtout faire du cinéma. Terry Gilliam sait de quoi il parle, et il le démontre joyeusement dans ce film festif, audacieux, téméraire, combattif et presque testamentaire.
L’Homme qui tua Don Quichotte, accompagné d’une bande originale composée par Roque Baños et photographié par Nicola Pecorini, est une production européenne qui a réuni les efforts de l’Espagne, du Portugal, du Royaume-Uni et de la France, à travers les sociétés Tornasol Films, Kinology, Entre Chien et Loup, Ukbar Filmes, El hombre que mató a Don Quijote AIE et Carisco Producciones AIE. Les ventes internationales du film sont gérées par l’agence française Kinology.