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Les Mille et une nuits - volume 1 : l'inquiet

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Titre original : As mil e uma noites - Volume 1, o inquieto (Arabian Nights)
Fiche mise à jour le 23/06/2015
Année de production : 2015
Réalisé par : Miguel Gomes
Date de sortie : 24 juin 2015
Date de reprise : non renseignée
Distributeur France : Shellac 
Distributeur international : The Match Factory 
Durée : 125 minutes
Origine(s) : Portugal France Allemagne Suisse 
Genre(s) : Docu-fiction 
Pellicule : couleur
Format de projection : DCP scope 2.40 (tourné en– 16 et 35 mm)
Format son : 5.1
Visa d'exploitation : 138540
Budget : non renseigné
Site officiel : non renseigné
Indice Bdfci :
76%

Synopsis :
Dans un pays d'Europe en crise, le Portugal, un réalisateur se propose d'écrire des fictions inspirées de la misérable réalité dans laquelle il est pris. Mais incapable de trouver un sens à son travail, il s'échappe lâchement et donne sa place à la belle Schéhérazade. Il lui faudra bien du courage et de l'esprit pour ne pas ennuyer le Roi avec les tristes histoires de ce pays ! Alors qu'au fil des nuits l'inquiétude laisse place à la désolation et la désolation à l'enchantement, elle organise ses récits en trois volumes. Elle commence ainsi : « Ô Roi bienheureux, on raconte que dans un triste pays parmi les pays… »

Où Schéhérazade raconte les inquiétudes qui s'abattent sur le pays : « Ô Roi bienheureux, on raconte que dans un triste pays parmi les pays où l'on rêve de baleines et de sirènes, le chômage se répand. En certains endroits la forêt brûle la nuit malgré la pluie et en d'autres hommes et femmes trépignent d'impatience de se jeter à l'eau en plein hiver. Parfois, les animaux parlent, bien qu'il soit improbable qu'on les écoute. Dans ce pays où les choses ne sont pas ce qu'elles semblent être, les hommes de pouvoir se promènent à dos de chameau et cachent une érection permanente et honteuse ; ils attendent qu'arrive enfin le moment de la collecte des impôts pour pouvoir payer un dit sorcier qui… ». Et le jour venant à paraître, Schéhérazade se tait.

Vos commentaires et critiques :

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SPÉCIAL QUINZAINE DES RÉALISATEURS

L’édition de cette édition cannoise 2015 restera à n’en pas douter cette magnifique trilogie de Miguel Gomes, LES MILLE ET UNE NUIT à la fois docu-fiction, comédie musicale et fresque sociale sur l’histoire du Portugal. Un monument que certains ont qualifié de film-monde, c’est bien de cela qu’il s’agit. Une œuvre exceptionnelle, complexe et exigeante, dont on se souvient longtemps encore après la (les) projections. Une œuvre qui nous hante et dont on n’a du mal à s’échapper. En trois volets sur un total de plus de 6 heures, c’est une véritable odyssée, une expérience cinéma unique dont la Quinzaine des réalisateurs s’est honorée en l’offrant à son public. Je reviendrai là-dessus à la sortie de ces films, mais en attendant vous pouvez aller la voir  à la reprise du Forum des Images. Un premier jet s’impose en attendant la sortie qui s’étendra tout au long de cet été.

 

Il fallait être un peu fou et, disons-le, génial pour concevoir et réussir un projet aussi fascinant que ces Mille et une nuits : en un film fleuve, sans équivalent dans l'histoire du cinéma, décrire l'état du Portugal actuel au travers d'un assortiment d'histoires hétérogènes – fiction flamboyante, documentaire méticuleux, farce, tragédie, fait divers, etc. – toutes liées par une foisonnante narration. La colonne vertébrale de tous ces récits est inspirée de la structure des fameux contes arabes. Ils sont ici librement transposés pour relater divers événements ayant eu lieu au Portugal entre l'été 2013 et l'automne 2014, alors que le pays souffrait de problèmes économiques dévastateurs. La beauté de cette œuvre monumentale est de rendre compte des désastres sociaux et humains provoqués par la crise et, en même temps, d'en unir chaque fragment dans un élan de fiction réparatrice, une poésie jubilatoire jetée par-dessus les politiques d'austérité. Hautement militant à sa manière, Les Mille et une nuits se fait l'antidote du marasme économique en s'ancrant dans des histoires populaires qui célèbrent la vivacité de toute une culture. Comme si le pays se trouvait vengé de la troïka européenne en rendant aux gens leur fantaisie, leur élégance, leur dignité et même leur tristesse…

 

Le premier volume intitulé L'Inquiet pose les bases de toute l'entreprise. Le réalisateur Miguel Gomes s'y dit incapable de continuer à filmer en ignorant la situation de son pays. Il s'était alors mis en tête de faire un film en combinant deux sujets d'actualité : la fermeture des chantiers navals de Viana do Castelo d'une part ; et l'attaque des cultures apicoles par les guêpes asiatiques d'autre part. Dans une séquence hilarante, Gomes se met en scène sur son propre tournage, au moment où il se rend compte qu'il lui est impossible de réaliser un film sur deux sujets si différents. Face à son échec, il prend lâchement la fuite de son propre plateau, poursuivi par son équipe de tournage ! C'est pour sauver sa peau qu'il décide de reprendre la fameuse ruse des contes des Mille et une nuits : chaque nuit, Shéhérazade évitait la mise à mort par son mari, le roi sanguinaire, en le distrayant avec une histoire. Et c'est ainsi que Miguel Gomes confia son film aux soins de Shéhérazade pour nous conter de fabuleuses histoires populaires portugaises. Et elle de commencer : « Ô Roi bienheureux, on raconte que dans un triste pays parmi les pays, où l'on rêve de baleines et de sirènes, le chômage se répand… ».

En réalité, pour écrire Les Mille et une nuits, Miguel Gomes a fait appel à une équipe de journalistes chargés de dégoter pour lui des histoires authentiques aux quatre coins du pays. Gomes les a toutes filmées en adoptant des styles différents. Au long de trois volumes possédant chacun leur humeur, il nous donne à entendre le témoignage poignant d'anciens dockers sans emploi, à rire d'une bouffonnerie autour de banquiers aux érections incessantes, à méditer sur la fable d'un coq qu'on ne veut pas entendre chanter, à découvrir les portraits d'éleveurs de pinsons dans une banlieue pauvre de Lisbonne, à suivre les itinéraires de vie de trois propriétaires successifs d'un même chien, et beaucoup d'autres histoires encore… Autant de chroniques racontées, documentées, fantasmées avec une liberté enchanteresse. Pourtant, rien ne fait plus penser que cette trilogie à l'idée d'un art destiné à prendre et à donner des nouvelles du monde. Sur un air de pop lusitanienne, de fado ou de saudade – superbe bande son –, le cinéma de Miguel Gomes embrasse tous les possibles et ne s'inquiète d'aucune obligation de vraisemblance. Cet amour de la diversité, mis en rapport avec le dessein politique initial du film, résonne au final comme un véritable programme. Les Mille et une nuits est une grande utopie cinématographique qui peut accueillir tout un peuple en son sein.

 


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