La Chambre bleue -12

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Julien Gahyde, incarcéré et interrogé dans le cadre de l'enquête judiciaire sur la mort suspecte de son épouse Delphine, évoque sa courte relation adultère avec Esther Despierre, une amie d'enfance que la vie a remise sur son chemin, et à laquelle, dans une réponse trop empreinte de légèreté, il a déclaré son amour et sa possibilité de vivre avec elle.
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SPÉCIAL CANNES

Et voici Mathieu Amalric de retour sur la Croisette où l’acteur-réalisateur semble avoir trouvé ses marques depuis quelques années et pour notre plus grand plaisir. On se souvient encore de son film TOURNÉE et de son prix de la mise en scène ainsi que de son interprétation dans l’énigmatique JIMMY P. d’ Arnaud Desplechin au côté de Benicio del Toro l’année dernière

Cette année c’est à la réalisation d’un roman de Simenon que nous convie Mathieu Amalric présenté dans la sélection Un Certain Regard

« - Je t'ai fait mal ? - Non. - Tu m'en veux ? - Non. C'était vrai. À ce moment-là, tout était vrai, puisqu'il vivait la scène à l'état brut, sans se poser de questions, sans essayer de comprendre, sans soupçonner qu'il y aurait un jour quelque chose à comprendre. Non seulement tout était vrai, mais tout était réel : lui, la chambre, Andrée qui restait étendue sur le lit dévasté, nue, les cuisses écartées, avec la tache sombre du sexe d'où sourdait un filet de sperme. »

Ce sont les premières lignes du roman noir et passionnel publié par Georges Simenon en 1963, qu'adapte aujourd'hui le toujours étonnant Mathieu Amalric, jamais là où on l'attend. Et comme le livre, le film commence par une scène d'amour ou plutôt par les sons de l'amour, des cris de plaisir, brièvement entendus, avant que la caméra nous fasse découvrir la chambre bleue du titre, qui sera à plusieurs reprises le nid d'amour de Julien et Esther (Andrée est devenue Esther pour le film), deux amants adultérins. Deux amants qui, après l'acte, vont échanger quelques mots et quelques promesses trop rapides : Esther demande à Julien s'il l'aime et s'il pourrait vivre avec elle s'il était libre, Julien lui répond oui, de manière évasive. Ces quelques mots anodins vont sceller leur destin…

Peu après, on retrouve Julien dans le bureau d'un juge d'instruction pour des motifs que le film ne dévoilera que peu à peu. Il y est interrogé sur sa relation avec Esther et y entame une longue confession/réflexion rétrospective… Julien, négociant en machines agricoles dans un coin tranquille de la Vienne, marié et amoureux de sa femme Delphine, revoit par hasard une amie d'enfance et d'adolescence, Esther, aujourd'hui mariée au pharmacien du village. Le coup de foudre physique est immédiat et ils vont se retrouver à plusieurs reprises dans la chambre bleue de l'hôtel local.

Jusqu'au jour où Julien, apercevant le mari d'Esther se dirigeant vers l’hôtel, prend peur et fuit sa maîtresse, emmenant sa femme en vacances aux Sables d'Olonne, espérant ainsi prendre du temps, de la distance et tourner la page. Mais Esther rappellera à son amant ses engagements par plusieurs lettres mystérieuses, presque menaçantes…

Très fidèle à la lettre et à l'esprit du roman de Simenon, Mathieu Amalric décrit parfaitement toute l'ambiguité des sentiments amoureux et inavouables, tout en distillant le mystère et la tension oppressante de l'enquête judiciaire. Sa mise en scène crée à merveille l'ambiance provinciale – on pense évidemment à Claude Chabrol qui nous manque – de cette petite ville, tranquille et lumineuse mais où tout le monde se connaît et peut s'épier à l'occasion. Et il montre bien le piège autant sentimental que criminel qui se referme sur Julien. La caméra impressionniste joue autant sur les ambiances sonores que sur les détails visuels (luminosité, transparence et froideur de la villa familiale contemporaine qui s'oppose au clair obscur vieillot et chaotique de la chambre adultérine, une abeille qui se pose sur le ventre de la maîtresse aura aussi sa réminiscence visuelle).

Et le trio amoureux fonctionne admirablement : Mathieu Amalric, impeccable comme toujours, l’envoûtante Stéphanie Cléau (également co-scénariste) pour incarner Esther, l'énigmatique Léa Drucker en épouse moins naïve qu'il n'y paraît. Sans oublier les seconds rôles, tout particulièrement le remarquable Laurent Poitrenaud en juge d'instruction faussement flegmatique.