Son épouse

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Gracie, jeune Tamoule vivant près de Madras, est victime de troubles du comportement depuis le jour de ses noces : le souvenir de son amie Catherine, disparue dans des circonstances mal élucidées, semble hanter la jeune fille. Joseph, le veuf, époux inconsolé de Catherine, décide de se rendre en Inde pour rencontrer Gracie et, peut-être, au cours de ce voyage, réparer ses erreurs. Car Joseph a beaucoup à se faire pardonner…
  • Titre original : Son épouse
  • Fiche mise à jour le 02/05/2014
  • Année de production : 2012
  • Réalisé par : Michel Spinosa
  • Acteurs principaux : Yvan Attal, Janagi, Mahesh
  • Date de sortie : 12 mars 2014
  • Date de reprise : non renseignée
  • Distributeur France : non renseigné
  • Distributeur international : Other Angle Pictures
  • Durée : 107 minutes
  • Origine(s) : France
  • Genre(s) : Drame
  • Pellicule : couleur
  • Format de projection : 2.35 Scope
  • Format son : 5.1
  • Visa d'exploitation : 130759
  • Indice Bdfci :
    66%
  • 5,5/10
    (114 votes)
    Imdb
    2.5
    3/5
    (161 votes)
    Allociné
    3

Vos commentaires et critiques :

Son épouse… Voilà un titre bien classique, presque fade, qui évoque mal le côté étrange et envoûtant de ce film. Presque hypnotique, déroutant. Autant une plongée dans l'âme humaine et sa folie qu'une plongée au cœur de l'Inde mythique et de ses sortilèges.

L'histoire commence en France. Dans la vie d'un couple modèle ou presque. Joseph est vétérinaire, à la SPA, un peu mutique mais attentif aux animaux qu'il soigne (un rôle sur mesure pour Yvan Attal). Du genre fidèle, sécurisant, impavide. Catherine (Charlotte Gainsbourg), son épouse, s'épaule à lui, à son calme, comme si elle fuyait sa propre fragilité. Cela transparait dans leurs gestes, leurs silences, leurs regards, leurs tendresses. Joseph n'est pas du genre inquisiteur, prend ce qu'on lui donne sans regarder au-delà. Peut-être ne veut-il pas tout voir. Peut-être aussi acceptent-ils le fait qu'ils ne comprendront jamais tout l'un de l'autre. Et peut-être est-ce cette tolérance qui rend chaque jour un peu plus lourd le secret dont Catherine n'arrive pas à se débarrasser. Sa dépendance au subutex, ce substitut de l'héroïne qui lui sert de béquille quotidiennement, en cachette. Peu à peu, on entre à reculons dans ce qui constitua leur histoire, qu'on devine plus qu'on ne découvre…

Car le récit est comme un kaléidoscope intrigant qui se joue de la linéarité, procède par touches, par flashs rapides comme dans un rêve qui démarre mal mais dont on ne sait s'il ne se terminera pas en beauté. L'essentiel se passe loin des discours démonstratifs, dans le fond des choses. C'est d'abord Joseph qui trépigne dans la gendarmerie, réclamant que les recherches pour retrouver Catherine s'intensifient, le gendarme qui l'incite à oublier sa femme bien vivante et qui est partie de son plein gré. Puis une remontée dans le temps, dans des étapes de leur vie commune, leurs choix, leur désir d'avoir un enfant. La promesse de Catherine d'arrêter le subutex. Son impuissance, leurs impuissances. Les petites bonheurs, les grands malheurs…Tout ce qu'il a fallu enterrer, oublier pour continuer à avancer après la disparition inexpliquée. Jusqu'à parvenir enfin à ce jour où ces souvenirs sont moins douloureux, où Joseph, enfin reconstruit, arpente la forêt paisible avec un compagnon à la fidélité sans faille : son chien.

C'est alors que le passé prend la forme d'un coup de fil pour lui sauter à la gorge. Catherine a été retrouvée morte, noyée, près de Madras… et… demande… « à lui parler » par le biais de Gracie, une jeune femme Tamoul qui dit être possédée par elle. Rationnel, Joseph l'est. Son deuil de Catherine vivante ou morte est déjà fait et il n'a nulle envie de déterrer ce passé. Et puis, peu à peu, il va changer d'avis, être saisi du besoin de partir là-bas, d'aller à la rencontre de cette jeune femme, de ce pays qu'il ne connait pas, et d'une Catherine qu'il va découvrir au travers du regard des autres. Histoire qui bascule dans un autre continent étonnant où l'on ne traite pas la folie de la même manière qu'en Occident, qui laisse la part belle aux esprits qui hantent les corps, aux envoûtements. Là où la science moderne parle de maladie mentale, les anciennes croyances parlent d'esprits.

Plongée presque ethnographique qui incite au voyage, à la rencontre, bouscule les préjugés les mieux ancrés. Voyage dans lequel il faut se laisser porter, comme Joseph, qui met peu à peu de côté ses certitudes d'occidental, se prend de plein fouet les fameuses claques qu'administrent l'Inde, sa pauvreté, sa beauté. Un homme qui saigne enfin et qui revit, revient aux sentiments grâce à Gracie, grâce sans doute aussi à Catherine, qui sait ?