Scandale

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Inspiré de faits réels, le film nous plonge dans les coulisses d’une chaîne de télévision aussi puissante que controversée. Des premières étincelles à l’explosion médiatique, découvrez comment des femmes journalistes ont réussi à briser la loi du silence pour dénoncer l’inacceptable.

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En France, l’affaire n’a pas tellement marqué les consciences. Pourtant la chute pour harcèlement sexuel, à l’été 2016, de Roger Ailes, l’emblématique fondateur de la chaîne d’informations conservatrice Fox News, constitue un préambule à l’affaire Weinstein et annonce l’émergence du mouvement #MeToo. Scandale retrace le combat des journalistes et des animatrices stars de la chaîne pour dénoncer les agissements du bras droit de Rupert Murdoch… Nicole Kidman et Charlize Theron incarnent deux présentatrices vedettes de Fox News, respectivement Gretchen Carlson et Megyn Kelly. Placardisée, puis licenciée sans justification, Carlson qui a dû résister aux pressions et aux avances de Roger Ailes (John Lithgow) décide de l’attaquer pour harcèlement et cherche d’autres compagnes d’infortune au sein du groupe…
Bien que concernée, Kelly, prise dans la tourmente de la présidentielle de 2016 et sous le feu de tweets rageurs de Donald Trump (la journaliste avait notamment rappelé au milliardaire ses commentaires désobligeants envers les femmes lors du fameux débat tenu en 2015 entre les candidats républicains aspirant à la présidence des États-Unis), est réticente à témoigner. Le troisième personnage féminin incarné par Margot Robbie est un personnage fictionnel, composite, inspiré par différentes reporters et productrices de programmes. Sa Kayla Pospisil est naïve, complètement fan de la ligne éditoriale de Fox News et espère gravir les échelons au plus vite, mais les coulisses de son organisation où règne une masculinité toxique élevée au rang de culture d’entreprise ne vont pas tarder à nourrir son désenchantement…
La télévision étant essentiellement un « médium visuel », comme se plaisait à le dire le patron, qui n’hésitait pas à faire défiler devant lui celles qui rêvaient d’y faire carrière, dans une espèce de rituel où, avec la complicité d’une assistante, il se retrouvait seul avec elles derrière sa porte close. À ce chapitre, le malaise atteint son paroxysme quand la jeune Pospisil , par ailleurs chrétienne évangélique ambitieuse, doit mettre de côté toutes ses valeurs pour combler le regard malsain de celui qu’on surnommait aussi « Jabba the Hutt ». Quand, lors de la scène la plus malaisante du film, ce dernier demande à la nouvelle recrue de relever un peu sa jupe, encore un peu et encore un peu plus, la nature du sentiment horrible qui peut alors envahir une personne harcelée est illustrée de façon éloquente.
Jay Roach s’emploie aussi à décrire comment le réseau s’y est pris pour « vendre » son idéologie en poussant la notion d’information spectacle – et le sexisme – encore plus loin. Roger Ailes exigeait d’ailleurs que les animatrices soient assises derrière des bureaux en plexiglas. Dans une émission de débat, on s’assure qu’une participante soit assise de côté au bout de la table, de sorte que les jambes soient bien mises en valeur…
Ceux qui ont suivi l’affaire il y a trois ans, ou qui connaissent déjà un peu l’univers de Fox News Channel, n’apprendront rien de vraiment neuf, mais apprécieront la qualité de la reconstitution. Porté par ses trois excellentes actrices, Scandale a aussi le mérite de montrer comment faire changer la honte de camp.