Une jeune fille qui va bien

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Irène, jeune fille juive, vit l’élan de ses 19 ans à Paris, l’été 1942. Sa famille la regarde découvrir le monde, ses amitiés, son nouvel amour, sa passion du théâtre… Irène veut devenir actrice et ses journées s’enchaînent dans l’insouciance de sa jeunesse.

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Des dialogues gouleyants, une palanquée de personnages hauts en couleur, une histoire d’une légèreté tragique… Voilà un premier film qui ne manque pas de cœur, au double sens du terme. Quand Sandrine Kiberlain, qui connait sur le bout des doigts les devants de la caméra, passe derrière, ça dépote ! On y retrouve toute sa grâce subtile, son regard facétieux. Elle magnifie son propos sans emphase ni grandiloquence, il devient ode aux jeux, ceux de la vie, ceux de l’amour, ceux des acteurs ! Elle offre à ces derniers des rôles ciselés au cordeau, de beaux mots, le temps de les poser, de les incarner pleinement. Elle manie à ravir l’art de l’ellipse sans jamais nous perdre en route. La distribution est à tomber, juste de bout en bout, comme cette jeune fille qui va bien, un peu le double de Sandrine Kiberlain tout en étant le passé d’une autre, de tant d’autres… Car avec une infinie pudeur, l’auteure-réalisatrice brouille les indices, invite les spectateurs à un subtil jeu de piste, sans jamais se départir d’un humour combattif qui incite en toute élégance à toujours voir la vie en rose, quoi qu’il arrive.
Irène se joue de ses étourdissements comme elle se joue de tout. Et si son père, un brin inquiet comme se doit de l’être un père, lui suggère de se ménager, elle s’indigne, l’œil pétillant de malice : « Mais ! Je ne vais tout de même pas me reposer à mon âge ! » Son âge, c’est celui de tous les rêves, de tous les possibles. Quand on a dix-huit ans… Elle deviendra comédienne, elle y travaille d’arrache-pied. Elle connaîtra le grand amour, elle le guette à cœur grand ouvert. Irène (Rebecca Marder, époustouflante dans son premier grand rôle au cinéma, elle qui est entrée à la Comédie Française à 20 ans !) sourit à la vie comme elle veut que cette dernière lui sourie. Joyeusement virevoltante du matin au soir, elle excelle à embarquer son monde – que dis-je, le monde entier ! – dans ses humeurs. Gracile, elle cultive avec insistance son jardin d’insouciance comme d’autres sèment le vent. Il faut dire qu’elle a de qui tenir ! Marceline, sa grand-mère, qu’elle suspecte d’avoir un jardin secret inavoué, est une réjouissante tête de mule, capable de planquer des papiers quitte à faire tourner en bourrique son fils et de le menacer, espiègle : « Si tu fais ça, si tu vas à la mairie, je me jette par la fenêtre. » Quant à son frère Igor, on oublierait presque qu’il est l’aîné sous ses dehors de tendre Cupidon poupin (le toujours génial Anthony Bajon). Si souvent il l’asticote, contrarié et contrariant, il sera un jour le premier, après qu’Irène soit rentrée à point d’heure, à calmer la colère de leur père avec un sourire en coin : « J’aurais dû préparer le terrain à ma sœur et découcher plus souvent. Je vous ai mal habitués ! » Rebelle, belle et éternelle semble leur complicité familiale, hors du temps. Alors, si parfois le monde semble s’assombrir tout autour, si de sombres pensées tentent de se faufiler entre deux rayons de gaité, Irène les chasse tôt fait d’un revers de pensée…
Mais quand se déroule l’action ? Pendant l’été 1942. Si elle nous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, elle reste pourtant tellement d’actualité… Grâce au choix radical de ne pas coller à la reconstitution historique, de dépoussiérer l’arrière plan, tout nous devient familier, contemporain…