First Love, le dernier Yakuza -12

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Une nuit à Tokyo, nous suivons Leo, un jeune boxeur, qui rencontre son "premier amour", Monica, une call-girl toxicomane restée innocente. Léo ne sait pas grand chose et Monica est involontairement impliquée dans un trafic de drogue. Toute la nuit, un policier corrompu, un yakuza, son ennemi juré et une tueuse envoyée par les triades chinoises, vont les poursuivre. Tous ces destins s'entremêlent dans le style spectaculaire de Miike, anarchique et divertissant.

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QUINZAINE DES RÉALISATEURS 2019

 Les triades à Tokyo

Quatrième collaboration de Takashi Miike avec le producteur Jeremy Thomas, First Love marque une certaine continuité dans l’œuvre récente du cinéaste, ce dernier ayant à nouveau recours à une veine de narration plus classique. “Je respecte les spécificités propres à chaque genre, mais je me les  réapproprie pour m’exprimer librement comme le fait tout réalisateur appartenant à la génération actuelle. Et je crois que c’est un trait commun à tous mes films”, souligne Takashi Miike, qui a de nouveau travaillé avec le scénariste Masaru Nakamura. First Love suit le parcours de plusieurs personnages, parmi  lesquels une tueuse envoyée à Tokyo par les triades chinoises afin de remplir un contrat. Un téléscopage  étonnant mais qui, selon Miike, reflète une réalité des milieux criminels japonais. “Les yakuzas jouaient un rôle de milice autoproclamée, mais ils ont perdu de leur pouvoir et les hors-la-loi venus d’horizons différents, comme les gangsters chinois, profitent de la situation.” Mais, même si son style est devenu plus classique, le cinéaste n’a rien perdu de son sens de la controverse. “Ce film peut être vu par des enfants d’école maternelle s’ils viennent accompagnés par leurs parents. Cependant, je pense que les enfants n’iront pas le voir. Ils ont, curieusement, une sorte de sixième sens qui les protège des dangers les menaçant. Dans le même temps, j’ai foi dans la force du 7  art. Le mode de distribution des films est peut-être en train de se transformer mais cela ne change rien à ma vision. Le cinéma doit continuer à bousculer le spectateur.”

Ceux qui connaissent un chouïa le cinéma japonais contemporain savent que, depuis le décès mystérieux en 2012 de l'anarchiste pornocrate Koji Wakamatsu, renversé par un taxi alors qu'il s'apprêtait à tourner un film sur la responsabilité de l'entreprise TEPCO dans la catastrophe de Fukushima, Takashi Miike est probablement le plus dingo et inclassable des cinéastes nippons en activité. En près d'une centaine de films, réalisés depuis la fin des années 90, ce touche-à-tout génial a abordé tous les genres (adaptations de comics ou de mangas, westerns, drames sentimentaux déviants, etc…) et a bravé à peu près tous les interdits moraux, allant du gore extrême à l'érotisme SM soft, se faisant un devoir d'exposer et de faire se déverser sur l'écran tous les fluides corporels imaginables dans chacun de ses films. Ses chefs d'œuvre restent probablement Visitor Q, drame familial tordu et mystique, hommage non référencé au cinéma pasolinien, etAudition, petit bijou de sadisme féministe.
On l'aura compris, les films de Miike s'adressaient jusque là à un public qu'on qualifie en général d'averti (de quoi ? la question se pose). Mais réjouis-toi, spectateur plus sage et méfiant devant les excès vraiment trop… excessifs, il nous livre cette fois un opus moins déviant et provocateur, sous la forme d'un excellent polar mâtiné de drame sentimental. En présentant First love lors de la Quinzaine des Réalisateurs du dernier festival de Cannes, Miike s'excusa de ses débordements passés – on n'est évidemment pas obligé de le croire une seconde – tout en avertissant ses fans de la relative sagesse de ce nouveau titre.
Sagesse immédiatement contredite par la première séquence du film où l'on voit une tête décapitée faire un petit roulé boulé : on ne se refait pas ! La suite réservera encore quelques moments pas piqués des hannetons mais à l'échelle de Miike, on n'est pas loin du registre fleur bleue…
Tentons un bref aperçu de l'intrigue : un jeune yakuza ambitieux décide de trahir son clan en interceptant une cargaison de drogue, qui atterrit chez un petit mafieux, lequel séquestre une malheureuse obligée de se prostituée pour rembourser les dettes de son père abusif, et ce avec la complicité d'un flic ripou… Le plan de notre apprenti caïd est aussi clair que du saké pur (dans son esprit en tout cas), mais comme dans tout bon polar, rien ne va se dérouler comme prévu et un certains nombre de personnages indésirables et d'événements non désirés vont venir compliquer le tableau : un jeune boxeur persuadé qu'il est atteint d'une tumeur cérébrale incurable et qui n'a plus rien à perdre ; l'étrange ressemblance du flic ripou avec le père de la jeune prostituée ; une fiancée de proxénète qui va s'avérer être une adepte imbattable des arts martiaux dès qu'elle se met en colère ; une guerre fratricide entre les yakuzas et une triade chinoise dirigée par un bandit manchot… Autant dire que les rebondissements sont férocement jubilatoires alors qu'en contrepoint se noue une idylle entre le boxeur en phase terminale et la jeune prostituée mentalement égarée. On ne vous en dira pas plus et surtout rien de la scène finale dantesque, dont on se plaît à imaginer qu'elle mettrait en joie un certain Tarantino.